Magerotte Alain

Nom : Magerotte

Prénom : Alain

Location : Berchem-St-Agathe

Blog/site : –

 

 

 

 

Biographie :

Alain MAGEROTTEest né au 20ème siècle à Berchem Sainte-Agathe, une des 19 communes de Bruxelles (Nord-Ouest).
Adolescent, il découvre la littérature fantastique (Edgar Allan Poe, Thomas Owen, Jean Ray, Claude Seignolle…) et le cinéma du même genre, les productions de la Hammer en tête.
Cependant, ce n’est que plus tard, en 1996, qu’il écrit sa première Nouvelle (Le Miroir Aux Alouettes) en participant à un concours organisé par le Club Richelieu Liège – Georges Simenon et les EditionsLA DERIVE de Verviers. Il n’est pas lauréat mais reçoit ce message en P.S.: Je tiens à vous informer que votre Nouvelle a retenu l’attention de certains membres du jury.
En 1996 toujours, en compagnie d’un copain, Santo Gatto, il crée le personnage du détective Vitto Cappuccino pour les besoins d’un concours organisé par le C.B.A.I. (Centre Bruxellois d’Action Interculturelle). Les deux compères obtiennent la 4ème place avec Pas de mousse pour Cappuccino.
En mars 1997, Alain MAGEROTTEdécide de se lancer dans l’écriture de Nouvelles fantastiques et policières.
En décembre 2004, les Editions Chloé des Lys publient son premier recueil de Nouvelles fantastiques : BIZARRERIES EN STOCK.

Type : Recueils de nouvelles

Genre : policier/fantastique

Ses romans :

Extrait :

Dès qu’une contrariété se met en travers de sa route, Valentin Lepersault soupçonne le Grand Architecte de lui chercher des misères. Alors, le sourcil arqué, il fustige d’un regard noir l’imposante croix qui chapeaute l’église de Mérival. Il compte, par cette attitude de défi, pousser le Tout Puissant à s’amender en compensant le désagrément subi par un dédommagement substantiel.
Mais, aujourd’hui, notre Père qui est aux Cieux est allé trop loin. Il a même carrément dépassé les bornes : le locataire Céleste a plongé Valentin dans un douloureux veuvage !
La Delphine aurait eu pourtant encore de belles années devant elle, alors pourquoi plût-il au Seigneur de la rappeler à lui ? Car, il ne fait aucun doute que l’âme de la brave femme volète au firmament, entre nimbus et cumulus, entre stratus et altostratus. L’indélicat barbu aurait-il eu le coup de foudre pour sa pulpeuse moitié lors d’une de leurs montées au 7ème ciel ? C’est vrai qu’elle était appétissante en diable la Delphine ; avec une paire de seins à damner tous les Casanova auréolés du Paradis ! Et puis, entre nous, fallait pas lui en promettre !
Valentin oscille entre blasphème et tristesse, entre imprécation et chagrin, entre sacrilège et désespoir. La Mariette la semaine dernière, Augusta, il y a deux jours, et maintenant, Delphine ! Mais, il les lui faut toutes, nom de D… ! Le Divin serait-il polygame ?
Démiurge ou non, il rendra des comptes ! Ave, Pater et toutes ces vaines oraisons ne compenseront pas l’absence de la Delphine qui ne reviendra pas, c’est certain. La résurrection est un privilège exclusivement réservé au fils du Père Eternel !
Bisque, bisque rage, les moments de grâce intenses sont désormais à ranger au placard des souvenirs. Notre homme doit se contenter des « soyez courageux, mon fils » et des « elle repose en paix (mon œil !) auprès du Seigneur » égrenés avec contrition par un Monsieur le curé plénipotentiaire. 
Facile de se dérober de la sorte ! Ça ne se passera pas comme ça, les copains ! Maintenant que les voies du Seigneur sont devenues pénétrables, Lepersault va affronter l’Eternel sur son terrain favori et, s’il ose lui en faire grief, l’homme se retranchera derrière cette excuse en béton qu’il n’a pas encore atteint l’âge de l’abstinence sexuelle !
Désormais, en embuscade, il chassera tout ce qui porte jupon à Mérival ! Chaque opportunité sera mise à profit pour assouvir une sensualité toujours en éveil et injustement brimée ! D’ailleurs, quand on se prénomme Valentin, il est normal d’être constamment amoureux !  Malheureusement, entre l’intention et l’acte, le parcours, ici, s’apparente à celui du combattant : à Mérival, le bouche à oreille fonctionne davantage que le bouche à bouche et les confidences murmurées à l’ombre d’un confessionnal supplantent celles susurrées sur la moiteur de l’oreiller. Les petites bourgeoises préfèrent s’ennuyer ferme dans la médiocrité quotidienne et les bigotes s’enorgueillissent de conserver, intacts, leurs bijoux de famille rancis.
Comment pallier à cette infortune ? Lepersault ne sait à quels saints se vouer puisqu’ils sont tous subordonnés à celui d’En Haut ! Il lui reste la solution d’approcher le banni d’En Bas ! Tout le monde, à Mérival, sait comment procéder. Personne, cependant, ne s’y risque. La peur de l’Enfer tient bon !
Ce matin-là, dès que la nappe de brouillard, qui tapisse l’aube, se fut dissipée, Valentin Lepersault, après s’être muni d’un sac contenant quelques outils, gagne la sortie du village. D’un pas alerte, il remonte les Hauts Prés jusqu’au carrefour des Trois Routes. Il prend celle qui mène à Lanval puis, s’engage dans le premier sentier sur sa gauche. Un sentier sinueux, creusé de sombres ornières, qui s’enfonce dans le ventre d’un petit bois à la végétation folle.
A plusieurs reprises, Lepersault s’écarte du chemin tant la flore qui l’enserre brouille une piste éventrée, de-ci de-là, par des racines gourmandes. Une zone où perlent de minuscules sources agonisantes absorbées par l’humus gras, lieu inexploité qu’un silence pesant engourdi. Personne n’est propriétaire de ce secteur, bien délimité, qui contraste avec les champs labourés avoisinants. Les villageois l’appellent la terre du diable.
Lepersault atteint une petite clairière, perdue dans la futaie, où se dresse le puits de Satan, entouré d’un enchevêtrement de buissons, de fougères, de ronces et d’épines ! Asséché, il y a bien longtemps qu’il ne fonctionne plus.
L’homme commence à taillader à coups de hache cette végétation encombrante qui, en faisant écran, l’empêche d’atteindre le puits. Tout occupé à son travail de sape, il sent confusément qu’il n’est pas seul, que quelqu’un épie ses faits et gestes. L’hallucination, n’est-ce pas un phénomène inhérent à la proximité d’un site maudit ? Il poursuit son œuvre. Des yeux, à l’affût, l’observent en clignotant dans la pénombre d’un feuillage.
Lorsqu’il arrive au bout de sa peine, Valentin ne perd pas de temps. Il se met à jouer avec la manivelle du puits. Un grincement sinistre, en harmonie avec le lieu, se fait entendre. Il tire, ensuite, à plusieurs reprises sur la chaîne rongée par la rouille mais encore solide et apte à supporter le poids de son corps. Les bras tendus, l’homme prend appui sur la margelle et, d’un vigoureux rétablissement, se retrouve accroupi sur celle-ci. S’accrochant au rebord, avec mille précautions, il s’assied, les jambes pendant dans le vide. Après avoir fixé son sac à outils sur le dos, Valentin tire à nouveau sur la chaîne puis l’empoigne à pleines mains pour entamer sa longue descente aux Enfers. Soufflant, ahanant, il tape rageusement des pieds qui glissent sur les pierres suintantes des parois humides.
Malgré la souffrance et le risque de se fracasser les os à chaque mouvement, notre homme est déterminé à aller jusqu’au bout de son calvaire.
Valentin atterrit sur le fond spongieux du puits. Les paumes salies et rougies par les anneaux de la chaîne, il reste prostré quelques instants pour respirer bruyamment comme un plongeur qui émerge. Le cœur battant à grands coups, le visage brillant de sueur, les cheveux plaqués sur le front, il regarde vers le haut où une silhouette quitte précipitamment son champ de vision, laissant apercevoir le rond parfait d’un ciel bleu découpé par les limites de la margelle. La fatigue, née d’un terrible effort, procurerait-elle des perceptions imaginaires ? Il met, à nouveau, cette sensation sur la réputation du site.
Nous sommes au début de l’après-midi, Valentin ne doit plus trop tarder, l’obscurité vient tôt en cette période de l’année.
Il se met à l’ouvrage en creusant le sol avec frénésie, au moyen d’une pelle. Les mains endolories, serrant fort le manche de l’outil, Lepersault creuse encore et encore, formant ainsi une pyramide de terre mouillée et de caillasse. L’émanation le fait tousser, la poussière le fait crachoter. Notre homme en sera quitte pour une bronchite mais, il ne s’en soucie guère. Il gratte, fouit, enlève la terre comme s’il voulait atteindre son centre !
Soudain, il pousse un cri de joie ! Un corps dur fait grincer le bord coupant de la pelle ! Délaissant l’instrument, Valentin tombe à genoux et déblaye, fébrilement, le reste de la glaise qui occulte, par endroits, une petite boîte rectangulaire rougeâtre. Après en avoir dégagé les contours, il s’empare de l’objet. Ses mains tremblent. L’émotion est cependant plus forte que la peur ! Tel un trophée, il brandit la boîte qu’il secoue pour constater, ravit, qu’elle n’est pas vide.
A l’aide d’un tournevis, il force le couvercle et découvre un parchemin roulé dans un anneau de fer. Il l’en extrait, déroule le manuscrit et profère un juron !
Sous la représentation terrifiante de la Bête, agrémentée de signes cabalistiques, un texte, en latin, donne, à coup sûr, la recette pour rencontrer le Tout-Puissant des Enfers. Manque de pot pour Valentin, cette langue lui est inconnue !
Monsieur le curé et le professeur de Mérival pourraient déchiffrer ce texte mais, accepteront-ils de le faire ? Lepersault refuse pourtant de s’être donné tant de mal pour rien ! Chemin faisant, il trouvera bien une idée pour convaincre l’un ou l’autre de l’aider. Il range ses outils et la précieuse boîte, replace à nouveau le sac sur son dos et entreprend une pénible remontée. Les veines gonflées, suant et soufflant, Valentin regagne le sommet, la force décuplée par la volonté d’en sortir.
Comme il atteint la margelle, il manque de rechuter dans le puits, frappé de stupeur en voyant Jérôme Lampin qui l’attend devant l’amas de ronces et d’épines. Le type a l’œil mauvais. Le moment de stupeur passé, Lepersault harangue l’intrus.

« Que cherches-tu ? » lance-t-il, accompagnant ses paroles d’un geste brusque du menton. L’autre rétorque du tac au tac :

« La même chose que toi… je ne me résous pas, moi non plus, à la perte de la Mariette ! 

Ce n’est pas bien de profiter des efforts d’autrui…
Lampin ne répond pas, brisant ainsi net toute tentative d’explications oiseuses ou de justifications bancales. L’affrontement est proche. A présent, ce sont deux coqs aux ergots affûtés, prêts à en découdre. Trop orgueilleux pour se dérober, leurs caractères trempés les ont habitués à ne jamais reculer. Lorsqu’ils ne sont plus qu’à quelques pas l’un de l’autre, ils s’arrêtent. Les yeux dans les yeux, ils se défient. Puis, brusquement, Lampin se lance, la tête la première, pour porter un violent coup de crâne à l’estomac de son adversaire. Valentin l’encaisse en poussant un ouf de douleur et s’affale. Jérôme se précipite sur lui mais, dans un réflexe, Lepersault esquive. Lampin s’aplatit comme une crêpe sur le sol. Valentin, malgré les cotes endolories, se jette sur le dos de son rival et lui tord le bras pour le contraindre à crier grâce. La face congestionnée, grimaçante sous la souffrance, Jérôme sent le souffle court et rauque de Lepersault dans sa nuque. Se servant alors de sa tête comme d’un bélier, il la projette violemment en arrière et vient heurter de plein fouet le front moite de Valentin. Sous la violence du choc, celui-ci lâche son étreinte et se retrouve, groggy, à terre.
Lampin, frottant vigoureusement son bras meurtri, se relève en titubant puis, de rage, se met à asséner de grands coups de pied dans le ventre de son ennemi.
Jugeant alors Lepersault hors d’état de nuire, Jérôme, les muscles bandés, soulève le corps pantelant de son rival, l’appuie contre la margelle, le soulève par les pieds et le fait basculer dans le trou béant du puits.
Jérôme Lampin n’est pas long à chanter victoire. Il réalise, soudain, que le sac, contenant l’objet de sa convoitise, était toujours accroché au dos de son adversaire !
En pestant, il se met aussitôt à tirailler la chaîne pour s’assurer de sa solidité avant d’entreprendre, à son tour, une pénible descente. Elle sera de courte durée ! Pris de crampes, Jérôme lâche prise et va se briser le cou au fond du puits.
Les corps de Valentin Lepersault et de Jérôme Lampin pourrissent désormais aux vents frais des saisons. A Mérival, les villageois parlent, à messe basse, de leur incursion sur la terre du diable.
Les âmes en peine de nos intrépides soupirants, en quête de rédemption, sont assises, bien au chaud, dans la salle d’attente du Purgatoire. Elles sont défendues par l’esprit retors de Maître Arnold Mensonger qui erre, de remise de peines en décisions ajournées, dans les couloirs du Rachat, espérant accéder un jour au Repos Eternel.
La plaidoirie qu’il a concoctée met en exergue le fait que c’est l’amour qui a guidé les actes de deux êtres paumés, parce que victimes expiatoires d’un destin cruel ! L’unique faute commise aura été celle de s’être laissé entraîner par le plus petit, le plus inoffensif des monstres désacralisés, celui que le Grand Lucifer, lui-même, considère avec dédain : le démon de midi !

extrait du recueil « Restez au chaud, dehors il pleut… » (2006) 

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